Méthode

Philippe Souchard

Introduction

La Rééducation Posturale Globale (R.P.G.) est née en 1980 de la publication du livre « Le Champs Clos – Bases de la RPG » de Philippe Souchard, kinésithérapeute français.

 

“La première identité de la RPG c’est de dire :

La fonction statique est aussi importante que la fonction dynamique !

Elle n’est pas plus, pas moins, mais elle est aussi importante et elle dépend d’une physiologie particulière, de muscles particuliers, d’un système neurologique particulier.”

Philippe Souchard

 

A cette première notion vient s’ajouter 3 principes fondamentaux :

 

GlobalitéCausalitéIndividualité

La fonction statique

Qu’est-ce que c’est ?

 

Le premier élément fondateur de la méthode est d’avoir mis en évidence la fonction dite “statique” du système musculaire. En effet, la fonction “dynamique” du muscle a longtemps été étudiée et nous avons l’habitude de voir le muscle comme un moteur du mouvement. Cela n’est pas remis en question, mais le muscle assure également une fonction “statique” qui a tout autant d’importance.

Le système musculaire permet de maintenir le corps dans l’espace, dans une position X ou Y, assis ou debout, la tête sur les épaules, les mains sur le volant ou sur un clavier… Le système musculaire assure alors un travail “statique” ou plutôt de “contrôle de l’équilibre” du corps dans l’espace et contre la pesanteur.

Le grand complexus et le soléaire sont deux exemples de muscles assurant une fonction « statique ».

La physiopathologie qui découle de cette fonction statique est la rétraction musculaire.

 

L’étude de la fonction “statique” nous amène à mieux comprendre la pathologie du système neuro-musculaire qui assure cette fonction. Le muscle qui assure une fonction statique est en contraction permanente et va sans cesse avoir tendance à se fixer dans une position de plus en plus courte. Nous nous retrouvons alors face à un enraidissement et à terme à une rétraction du muscle dans sa structure profonde : une diminution du nombre de sarcomères (l’unité contractile du muscle) dans le sens de la longueur du muscle.

Les muscles spinaux vont sans cesse avoir tendance à se raccourcir due à leur fonction statique. Cet enraidissement peut avoir lieu à différents endroits selon les individus.

Quelles en sont les conséquences ?

 

Cette rétraction du muscle aura pour conséquence une déformation de la morphologie, une augmentation de la pression articulaire et un changement de l’axe articulaire. Les fonctions statique et dynamique du système musculaire étant étroitement liées, une modification de la fonction statique portera également atteinte à la fonction dynamique. En effet, une fois rétracté, le muscle devient un frein au mouvement et est à l’origine d’une perte d’amplitude et de puissance.

Cette rétraction est donc source de douleurs, d’inflammations, de perte d’amplitudes articulaires, d’arthrose,  de tendinites, de déchirures musculaires.

 

 

Le traitement en RPG aura toujours comme objectif un allongement des muscles rétractés de par leur fonction statique.

Globalité

Lorsque le muscle rétracté est soumis à un étirement, il va toujours essayer d’échapper à la tension et essayer de trouver une compensation pour diminuer celle-ci.

Ainsi, en corrigeant une articulation, nous mettons le muscle dans une position d’étirement et nous provoquons des conséquences sur les articulations sus et sous jacentes.

Cela est dû à notre organisation musculo squelettique qui est faite de “chaines de coordination neuro-musculaires” dans lesquelles le muscle n’est qu’un élément qui va transmettre la tension aux éléments sus et sous jacents.

Pour éviter les fuites de tensions et réaliser un étirement efficace, il faut réaliser une mise en tension globale et progressive. La correction des compensations au fur et à mesure de leur apparition assure la globalité de la mise en tension.

 

 

La globalité dans l’étirement est une nécessité !

La traction sur des gastrocnémiens enraidis se transmet aux ischio-jambiers, qui basculent le bassin en arrière. Le bassin fait office de poulie, la tension entraîne une cyphose lombaire.

Causalité

Face à une rétraction musculaire, à un traumatisme ou à une douleur, c’est tout le corps qui se réorganise pour trouver un nouvel équilibre et continuer de fonctionner. Le corps compense et c’est tant mieux ! Sans quoi nous serions à l’arrêt dès le moindre traumatisme. Ainsi, notre corps s’adapte pour nous permettre de continuer nos activités sans même nous prévenir des petites rétractions qui apparaissent au fur et à mesure des (micro) traumatismes, mouvements répétés, positions longtemps maintenues, etc. Jusqu’au jour où les douleurs apparaissent ! Quand la pathologie se déclare, c’est que le corps n’est plus capable de compenser suffisamment.

C’est ainsi que la pathologie sera parfois une conséquence retardée et à distance, d’une cause que parfois le patient ne peut raconter.

Il est alors indispensable de ne pas traiter le symptôme de façon isolée mais de le percevoir dans la globalité du corps et de remonter du symptôme à la cause.

 

La globalité dans le traitement en RPG va permettre de traiter le symptôme en corrigeant les rétractions musculaires qui ont conduit jusqu’à celui-ci, et ainsi de remonter jusqu’à la cause.

Individualité

Il existe des schémas reprenant les suites neuro-musculaires principales. Appelés autrefois “chaines musculaires”, on parle aujourd’hui de “Système Intégré de Coordination Neuro-Musculaire” (ou SICoNeM). Mais chaque individu compense différemment et s’adapte à sa manière aux rétractions qui s’installent. Dès lors, en traitement, il sera indispensable de tenir compte de cette individualité de la pathologie.

 

“Il n’y a pas deux êtres humains semblables, il n’y a pas deux pathologies semblables. Et il faut traiter des malades, et non pas des pathologies.”

Philippe Souchard

a. SICoNeM principal postérieur qui assure une fonction statique d’érection.
b. SICoNeM principal antérieure qui assure une fonction statique de suspension.

Indications thérapeutiques

La R.P.G. est une approche douce, progressive et active qui peut être utilisée avec des patients de tous âges et de toute condition.

 

La R.P.G. va s’adresser aussi bien aux problèmes morphologiques chroniques qu’aux pathologies articulaires aigües ainsi qu’à toutes les pathologies du muscle (déchirure, tendinite, etc).

 

  • Déformations morphologiques (scoliose, attitude cyphotique, genu valgum … )
  • Lésions articulaires
  • Séquelles post-traumatiques
  • Douleurs chroniques (lombalgies, cervicalgies … )
  • Problèmes découlant des activités répétitives du travail et du sport.
  • Affections respiratoires
  • Séquelles des pathologies neurologiques spastiques

En pratique

Les séances de R.P.G. commencent toujours par un bilan approfondi du patient. Celui-ci va permettre de définir les postures d’étirement indiquées pour le patient et les objectifs de corrections dont il faudra tenir compte pendant le traitement.

 

Ensuite, le traitement en R.P.G. se fait à l’aide de postures d’étirements, lentes et progressives.

Le bilan

 

Le patient commence par décrire ses symptômes et douleurs ainsi que les circonstances d’apparition de ceux-ci.

Ensuite, le thérapeute réalise une observation et une analyse de la posture du patient en sous-vêtements pour détecter les zones de rétractions musculaires, les déséquilibres et d’autres altérations de la morphologie. Les éventuels résultats d’imagerie médicale viennent compléter ces observations.

Le thérapeute procède à un examen palpatoire local et à différents tests de rééquilibration qui correspondent à la correction du déséquilibre postural de la région douloureuse. Cela engendre la mise en tension du système musculaire et permet de mettre en évidence les rétractions problématiques ainsi que les compensations mises en jeu. C’est ainsi que le thérapeute est capable de remonter jusqu’à la cause du problème.

Le traitement

 

Le traitement en R.P.G. consiste en postures d’allongement, lentes et progressives, qui auront pour objectif d’étirer de manière spécifique les muscles responsables de la pathologie en tenant compte de la globalité des chaînes de coordination neuro-motrice dans lesquelles ils se trouvent.

 

Le traitement proprement dit, commence par un contrôle adéquat de la respiration et par des manoeuvres d’allongement et de correction de la position de la colonne vertébrale.

La respiration est un aspect fondamental en RPG. Approfondir l’expiration réduit le tonus musculaire excessif et diminue la raideur fréquente de la musculature inspiratoire.

 

Ensuite le thérapeute positionne le patient dans la posture choisie de façon à augmenter progressivement la tension et aller chercher l’allongement là où il est nécessaire. La correction des compensations au fur et à mesure de leur apparition assure la globalité de la mise en tension. Une fois le muscle en tension dans sa position la plus excentrée, l’allongement musculaire est obtenu par une contraction isométrique qualitative du muscle à allonger.

 

Les mains sont l’outil de base du thérapeute.

 

Le soin des articulations est essentiel, un des gestes de base de la RPG est la décompression ou décoaptation articulaire.

 

La coopération du patient est fondamentale. Il maintient la posture et effectue de légères contractions qui augmentent l’efficacité de l’étirement.

 

Les postures d’étirements vont permettre une correction de la morphologie et un réalignement articulaire pour in fine être capable de bouger le plus librement possible. La fonction statique est au service de la fonction dynamique !

Une bonne posture : un pré-requis indispensable pour une dynamique optimale !

Exemple de posture en fermeture d’angle coxo-fémorale.